La ch'tite famille !

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La Ch'Tite famille

Un film de Dany Boon avec Dany Boon, Laurence Arné, Valérie Bonneton, Pierre Richard

En sortie le 28 février (1h16)

Valentin et Constance, un couple d’architectes designers en vogue préparent le vernissage de leur rétrospective au Palais de Tokyo. Mais ce que personne ne sait, c’est que pour s’intégrer au monde du design et du luxe parisien, Valentin a menti sur ses origines prolétaires et ch'tis. Alors, quand sa mère, son frère et sa belle-sœur débarquent par surprise au Palais de Tokyo, le jour du vernissage, la rencontre des deux mondes est fracassante. D’autant plus que Valentin, suite à un accident, va perdre la mémoire et se retrouver 20 ans en arrière, plus ch’ti que jamais !

C'est de loin le film le plus personnel de Dany Boon. Pas tant pour les apparitions de proches dont Arthur, Claire Chazal, Pascal Obispo et Kad Mérad que pour l'histoire. Dans ce film qu'il a écrit, réalisé, joué et coproduit, Dany Boon a pris le contre-pied de son histoire personnelle. Si lui a conservé son accent pour jouer et raconte volontiers ses origines modestes dans ses interviews, sketchs et films, Valentin, le héros de La Ch'tite Famille est un célèbre designer qui a tout fait pour gommer ses origines prolétaires du Nord. Au point de même déclarer à Paris Match qu'il est orphelin. L'arrivée surprise de sa famille (façon les Tuche)  lors d'un vernissage à sa gloire au Palais de Tokyo tourne au désastre. Il devient amnésique, a dix-sept d'âge mental et ne s'exprime plus qu'avec un lourd accent ch'ti. Valentin multiplie les croquis. Exactement comme Dany Boon qui a fait ses débuts comme dessinateur. Les expressions en ch'ti deLine Renaud sont celles de la propre mère du réalisateur. Quant aux relations familiales au cœur du scénario, elles seraient aussi inspirées de ses parents et de ses frères.

Dany Boon joue beaucoup sur l’émotion  tout en restant ce clown bienveillant programmé pour faire rire le plus grand nombre avec un sens du rythme qu’il serait difficile de lui nier. Au menu : quelques digressions vaudevillesques ; un gag récurrent sur une chaise à trois pattes ; une salle de bain high tech récalcitrante ; l’incroyable réhabilitation d’une pub Ajax vintage ; et des séances de ch’ti homériques qui pour le coup sentent moins le neuf et en laisseront sans doute quelques-uns de glace. Un dernier conseil : ne quittez pas la salle trop vite, le générique de fin vous réserve quelques surprises.

 

Ce film m'amène à m'interroger sur cette question :Comment la famille peut-elle provoquer la honte ?

La honte de la famille prend racine dans différents comportements souvent liés à l'image sociale. De nombreux facteurs peuvent ainsi être à l'origine d'un sentiment de honte : des parents issus d'un milieu simple qui vont regarder "Secret Story" et le foot à la télé alors que notre conjoint vient d'un milieu aisé et cultivé, une maman trop excentrique et voyante, des origines ethniques qu'on n'assume pas vraiment, un père qui aime se donner en spectacle dans les réunions de famille… Toute caractéristique un peu différente qui s'apparente à un défaut est ainsi susceptible, dès qu'elle est confrontée à la sphère sociale, de provoquer la honte, entraînant son lot de souffrance, voire de colère.

Pourquoi a-t-on honte de sa famille ?

La honte est directement liée à l'image et à l'estime de soi, et à ce que nous renvoyons aux autres. La honte de la famille est particulièrement prégnante à l'adolescence, où la personnalité se construit et où le regard extérieur revêt une grande importance. Elle apparaît dès lors que les particularités de notre famille passent la barrière du milieu familial pour être exposées au regard et au jugement d'autrui. C'est à ce moment-là que nous ressentons le décalage entre notre famille et ce que nous sommes. Cette confrontation crée alors un rejet de l'existant (notre milieu social, nos origines...) avec des réactions parfois radicales : dissimulation, mensonges, et même ruptures dans certains cas.

Comment réagir à la honte ?

La honte de la famille vécue de façon exacerbée conduit à la souffrance et à la colère. C'est pourquoi il est essentiel de se pencher sur ce mécanisme pour libérer les émotions négatives qu'elle induit. De quoi a-t-on honte exactement ? Qu'est-ce que cela provoque en nous ? Quelle justification trouvons-nous à ce sentiment ? Les facteurs de honte, à condition d'être analysés et acceptés comme tels, peuvent être assumés et dépassés.

« Je ressens ce sentiment de honte quand je suis chez mes parents, raconte Laetitia, 31 ans, infirmière. La déco provinciale, la voiture “à” Jean-François, le couvert toujours mis à l’envers, les émissions débiles à la télé… Ma famille est le contraire de ma belle-famille, cultivée et classe ! Si cela fait sourire mon mari, moi, je suis mal à l’aise, agacée. Mais je prends sur moi. »

Quel que soit l’objet de la honte (nom de famille, milieu social, couleur de peau…), un mécanisme de défense se met alors en place : mentir, cacher et même couper les ponts, pour retrouver une identité plus… idéale. Car, comme l’explique Claude Janin, psychologue clinicien et psychanalyste, « la honte se niche souvent dans l’écart entre le moi et l’idéal du moi, que nous cherchons inconsciemment à atteindre ». Mais qui reste, dans la réalité, toujours inaccessible.

Le travail analytique permet de comprendre d’où vient ce sentiment de culpabilité, de quoi il est fait, afin de ne plus en être dupe. » Et de s’assumer entièrement.

Refuser le déterminisme, oser choisir la direction de sa vie et s'autoriser à devenir vraiment soi-même. Si le chemin est ardu pour changer de milieu social, il n'en reste pas moins accessible.

Certains font mentir l'époque et son ascenseur social fatalement en panne. Ils ont quitté les rails prédéterminés de leur classe sociale et donnent raison à Jean-Paul Sartre : "L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous."

Nathalie applaudit. A 49 ans, cette directrice financière d'un groupe international s'est affranchie d'un destin assigné d'avance : "Mes parents ont passé leur vie à récurer la crasse des autres et à courber l'échine. J'ai su en classe de troisième que leur vie ne serait pas la mienne. Cette année-là, Karine est devenue ma meilleure amie. Elle jouait de la harpe, ses parents, chirurgien et antiquaire, écoutaient de la "grande musique". Ils m'ont fait découvrir le théâtre, les concerts, le ski, et même comment
couper le fromage décemment ! Dans ma tête, j'ai changé de logiciel, j'avais mis un pied hors de la mouise des prolos, et y retourner passivement, car c'était ma place, aurait été un pur suicide. Accepter de me flinguer 

socialement. J'ai choisi la vie, ma vie."

Cet état d'urgence intérieur, tous ceux qui ont su dynamiter les lois de la reproduction sociale en ont connu la morsure. Il leur a donné l'impulsion pour secouer le déterminisme. Doublé d'une intime conviction : « Celle de ne pas avoir d'autre choix que d'évoluer socialement, au risque de se perdre dans une vie qui n'est pas la leur, de passer à côté d'eux-mêmes, voire d'y laisser leur peau », décode la psychanalyste Sophie Cadalen, qui a longuement étudié ce processus. Résultat : une acuité tendue comme la corde d'un arc qui permet de s'approprier l'idée d'une autre trajectoire sociale possible, et de s'emparer de sa part de chance lorsqu'elle se révèle à la faveur d'une rencontre, des encouragements d'un enseignant ou d'une amitié. 

Le philosophe Michel Onfray raconte bien le rôle déterminant du coiffeur de son village, militant à Amnesty International, auprès de qui il lisait "Hara-Kiri", "Le Canard enchaîné" et "Le Nouvel Observateur", et qui l'a ouvert au monde des idées, alors que sa famille vivait dans 17 m2 de misère, entre un père ouvrier agricole et une mère femme de ménage. Et comment, en classe de terminale, alors qu'il jaugeait "l'université comme un lieu pas fait pour un fils  de pauvres", un ami étudiant, tout aussi défavorisé, l'a incité à l'imiter.

Le déclic pour changer de vie : un moteur "en" réaction

Mais quand tant d'autres laissent passer le train, qu'ont-ils de plus, ceux qui deviennent

Autant de déchirements que doivent déjouer ou surmonter les cas d’exception 

Autant de déchirements que doivent déjouer ou surmonter les cas d’exception qui font le grand écart avec leur classe d’origine. Est-ce toujours si douloureux ? Souvent. Inévitable ? Non. A condition de faire un sérieux brainstorming avec son inconscient : "La honte, la culpabilité… montrent qu’on se croit toujours obligé d’être un maillon de son histoire familiale, avec son lot d’héritage névrotique. Inconsciemment, on demeure l’enfant de son milieu d’origine, avec les devoirs qui lui incombent et auxquels on n’a su ni répondre ni obéir. Changer de classe plus sereinement implique d’avoir rompu la chaîne inconsciente qui relie à sa famille, à savoir se sentir véritablement libre de mener sa vie", souligne Sophie Cadalen. 

Des années de divan pour certains… Ensuite, une fois sa vie réinventée, même aux forceps, qu’advient-il du passé ? Qu’en garde-ton ? A peu près tout. On ne s’en départit jamais vraiment. On cohabite en mode fusion-acquisition avec soi-même. "Aujourd’hui encore, je suis le produit de mon passé social, concède Didier Eribon. On s’émancipe plus ou moins du poids que l’ordre social et sa force assujettissante font peser. Mais la transformation de soi ne s’opère jamais sans intégrer les traces du passé : tout simplement parce que 

tout simplement parce que c’est le monde dans lequel on a été socialisé, et qu’il reste dans une très large mesure présent en nous et autour de nous. Notre passé est encore notre présent." D’autant que l’inconscient ignore la notion de temps, tout se joue émotionnellement au présent, ce qu’on a vécu à 5 ans ou il y a dix minutes.

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